Paris : de la basoche la finance

Dans le groupe imposant des parlementaires (7,1 % de l'effectif total), les magistrats parisiens occupent une place de choix, puisqu'ils avoisinent les 5%. Leurs portraits comptent parmi les premiers réalisés par le jeune Rigaud dès son arrivée à Paris ; par la suite, la demande ne se tarit pas : aucune année en effet, sans que les livres de comptes n'enregistrent le passage d'un président à mortier, d'un procureur ou à défaut d'un simple conseiller. A partir de 1714-1715, les commandes s'espacent : en 1721, 1724, 1734 et 1743, Rigaud exécute les cinq derniers portraits de parlementaires parisiens de sa carrière. Le monde de la finance et de la banque (14 % de l'effectif total) prend alors le relais : de 1684 à 1694, les livres de comptes révèlent quatorze noms de traitants, partisans et autres fermiers généraux ; de 1698 à 1743, leur nombre est presque multiplié par trois et le rythme des commandes s'accélère avec la Régence qui sonne le début de leur règne. Aux banquiers lyonnais, Jean de Brunenc ou David Olivier, peints dans les années 1680-1690, ont succédé en cette première moitié du XVIIIe siècle, les praticiens de Genève, Claude Tourton ou Isaac Thélusson. Samuel Bernard, l'aîné des frères Paris, La Live de Bellegarde, Guillaume et François de Castanier sont parmi les noms les plus célèbres. Les négociants, véritable aristocratie du commerce en un siècle marqué par l'essor du trafic maritime et colonial sont les seuls à ne pas faire appel, semble-t-il, au talent de Rigaud. Mais leur sous-représentation s'explique peut-être par le fait que nombre d'entre eux sont noyés dans la masse des clients non identifiés, parce qu'absents des dictionnaires biographiques et des sources les plus facilement accessibles.


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Hyacinthe Rigaud
Samuel Bernard, banquier (1726)
Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon