Anciens bains

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Ces bains, que l'on commença à fouiller le 22 mai 1824, occupent au nord du Forum un quadrilatère irrégulier de 49m 50 dans sa plus grande largeur, sur une profondeur de 53 mètres, une île , insula, presque entière, circonscrite par les rues des Thermes, des Soprastanti et du Forum et la ruelle des Thermes ; sur ces diverses rues, ouvraient un grand nombre de boutiques x sans communication avec l'intérieur.

L'exiguïté de cet établissement ne peut guère s'expliquer que par le prix élevé des terrains dans le quartier central et le plus fréquenté de la ville.

Les bains avaient six entrées dont les principales a et f donnaient, la première sur la rue du Forum, la seconde sur la ruelle des Thermes, où s'en trouvait une autre e ; les trois dernières b c d étaient ouvertes sur la rue des Thermes. Aucune de ces entrées n'était directe, précaution employée encore en Orient pour empêcher l'air de frapper trop vivement les baigneurs, et aussi sans doute afin de les préserver des regards indiscrets des passants.

A côté des deux entrées a et f sont de petits réduits que quelques auteurs croient avoir été des latrines, mais qui pourraient bien plutôt avoir servi de bureaux aux receveurs chargés de recevoir le prix du bain.

Atrium

Par ces deux portes a et f on arrive dans une cour, un atrium g formant un quadrilatère régulier de tois côtés seulement, large de 21m 80 sur 16m 30 en moyenne, y compris le portique qui entoure l'impluvium des trois côtés réguliers. Deux ailes du portique, larges de 4m 20, sont soutenues par des colonnes doriques ; la troisième a cinq piliers carrés ayant porté des arcades dont une seule existe encore ; sa largeur n'est que de 2m 15. Ce portique était, suivant Vitruve, une des parties indispensables des thermes ; c'était là que les baigneurs attendaient leur tour pour entrer aux bains qui, ici, ne pourraient admettre plus de trente personnes à la fois.

Sur le mur méridional était peinte l'annonce d'une fête donnée dans l'amphithéâtre à l'occasion de leur dédicace, ce qui ferait supposer que leur construction, ou plutôt leur reconstruction à la suite du tremblement de terre, était récente à l'époque de la destruction de Pompéi. Cette inscription aujourd'hui disparue était conçue en ces termes :

DEDICATIONE
MAIO.
PRINCIPI COLONIAE
FELICITER
THERMARVM MVNERIS CN. ALLEI. NIGIDI. MAI.
VENATIO ATHLETAE SPARSIONES VELA ERVNT

«Pour la dédicace des thermes, aux frais de Cneius Alleius Nigidius Maius, il y aura chasse, athlètes, parfums et velarium. Bonheur à Maius, prince de la colonie!»

Le même côté du portique était garni de bancs appelés scholae (1), interrompus par une salle h dans laquelle on doit reconnaître celle qui, répondant à nos salons modernes, était désignée chez les anciens par le nom d'oecus ou exèdre. On y trouva une épée à poignée d'ivoire et fourreau de cuir, aujourd'hui au musée, et quelques quadrants, circonstance qui a fait croire à plusieurs auteurs qu'en ce lieu se tenait le préposé chargé de la perception et de la police des bains ; mais nous savons que l'exèdre, où les baigneurs pouvaient se reposer avant et après le bain, était partie essentielle et intégrante des thermes antiques, et d'ailleurs il n'est pas probable que, dans un espace aussi restreint que celui qu'occupaient les bains de Pompéi, on eût sacrifié à un simple bureau de recette une pièce de lm 75 sur 5m 90.

Au-dessus était un second étage où l'on peut observer encore quelques vestiges paraissant avoir appartenu à une cheminée.

De l'atrium, un corridor i, dont le plafond était peint en bleu avec des étoiles d'or, conduisait les baigneurs à la salle où ils se déshabillaient On trouva dans ce corridor près de cinq cents petites lampes de terre cuite ; le nombre de celles découvertes dans les thermes monte à treize cent quarante-huit. Toutes étaient semblables et à une mèche, à l'exception d'une seule qui était à sept becs. Ces lampes étaient sans doute en dépôt au moment de l'éruption, car elles n'ont jamais pu servir à l'éclairage des bains, où nous verrons que la lumière n'était pas prodiguée ; il ne serait pas impossible toutefois qu'elles eussent été destinées à les illuminer dans quelque circonstance extraordinaire. On détruisit, dit-on, la plupart de ces lampes après avoir choisi les meilleures, afin de ne pas en embarrasser le musée de Naples. Parmi celles qui, malgré une exécution médiocre, ont été jugées dignes d'être conservées, plusieurs portent les figures d'Harpocrate et des Grâces.

Apodyterium

Le spoliatorium, spoliarium ou apodyterium (2), dont le nom indique suffisamment la destination, est une salle voûtée de forme rectangulaire, longue de 11m 50 sur 6m 80 de largeur. Gau, remarquant combien cette pièce avec ses six portes était exposée aux courants d'air, croit qu'elle ne dut être qu'une salle d'attente, une sorte d'antichambre, et que les baigneurs devaient se déshabiller dans les niches du frigidarium ; mais il oublie que l'inconvénient qu'il signale n'en eût pas moins existé, puisque, après avoir déposé leurs vêtements, les baigneurs eussent eu à traverser nus cette même salle pour entrer dans le tepidarium et le caldarium ; nous croyons donc qu'on doit s'en tenir à l'opinion la plus généralement reçue.

Dans cette salle se tenaient les capsarii, qui, munis d'une cassette, capsa, gardaient les effets précieux des baigneurs moyennant une modique rétribution et veillaient à la sûreté des vêtements qu'on suspendait aux portemanteaux dont on voit encore les traces au-dessus des larges sièges à marchepied qui garnissent trois des côtés de la muraille. La décoration de l'apodyterium est peu soignée; les murs sont simplement peints en jaune ; la corniche est lourde et a quelque chose du style égyptien ; la frise est ornée de chimères, de lyres et de vases en relief se détachant en blanc sur un fond rouge. Le pavé est en mosaïque blanche d'un travail grossier et entouré d'une bordure noire.

Frise de l'apodyterium, Roux, tome I, planche 38

Dans le pignon sud, entre des bas-reliefs en stuc fort endommagés et qui représentaient la destruction des Titans par Jupiter, dont la tête colossale paraissait dans le centre, se trouve une fenêtre qui empiète sur la voûte et qui n'a pas moins de 1 mètre de largeur sur 0m 70 de hauteur ; elle dut être fermée par quatre glaces coulées et non soufflées, ayant 0m 009 d'épaisseur, mastiquées dans le mur même et soutenues sans doute par un croisillon de bronze semblable à celui dont nous parlerons bientôt. Au-dessous de la fenêtre existe un trou carré qui fut également vitré et dont les parois sont noircies par la fumée de la lampe qui y brûlait pour éclairer la salle. I1 est probable qu'une fenêtre semblable à la première existait à l'extrémité septentrionale maintenant détruite et protégée par un toit moderne.

Trois portes se trouvent dans cette dernière partie de la salle ; l'une est celle d'un corridor b donnant sur la rue des Thermes ; la seconde, aujourd'hui murée, ouvrait sur un petit cabinet k converti en corps de garde et que je pense avoir été un unctuarium, lieu où l'on déposait les savons et les parfums ; la troisième, enfin, est l'entrée d'un passage long et étroit conduisant à l'hypocauste.

Frigidarium

A l'extrémité méridionale de l'apodyterium se trouve le frigidarium, salle destinée aux bains froids et dont aujourd'hui encore la conservation est parfaite. C'est une rotonde de 5m 70 de diamètre, formant le centre d'une construction rectangulaire et surmontée d'une voûte ayant la forme d'un cône tronqué ouvert par le sommet qui était vitré et paraît avoir été peint en noir. Dans les parois de la rotonde s'ouvraient quatre niches semi-circulaires de 1m 68 de largeur sur 2m 20 de hauteur.

Au milieu du pavé est l'alveus, baptisterium ou piscine, bassin rond de lm 50 de diamètre à son ouverture sur 1m 17 de profondeur, entièrement revêtu de marbre blanc et entouré de deux gradins sur lesquels s'asseyaient les baigneurs. Le gradin inférieur est en partie détruit et entièrement dépouillé de ses marbres, si toutefois il a jamais eu d'autre revêtement que le ciment qui couvre le fond de la cuve. L'eau y était amenée par un tuyau de bronze aplati, large de 0m 15 et sortant de la muraille à 1m 17 du sol.


Gau suppose, et cela avec quelque vraisemblance, que ce conduit dut être masqué par une statue qui versait elle-même l'eau dans le bassin, mais on n'en voit aucune trace. Au fond de celui-ci est une ouverture pratiquée pour le vider et le nettoyer, et une seconde, placée près de la surface, laissait écouler le trop-plein. Le frigidarium était élégamment décoré ; le mur était orné de plantes vertes presque effacées, se détachant sur un fond jaune ; le socle est rouge ainsi que la frise, qui est enrichie de bas-reliefs en stuc blanc d'une composition gracieuse, représentant des Amours conduisant des chars, et précédés d'autres Amours à cheval. Les parois des niches étaient peintes en bleu et leurs culs-de-four en rouge ; les archivoltes offraient de jolies moulures en stuc.

En sortant du frigidarium, le baigneur, traversant de nouveau l'apodyterium, entrait par une porte dont les jambages sont quelque peu inclinés à la manière des Egyptiens ou des Etrusques, dans le tepidarium ou cella media, m, comme Pline nomme cette salle, dont la douce chaleur préparait le corps à la température élevée de l'étuve, et dans laquelle aussi, au sortir de celle-ci, la peau était séchée et parfumée d'huiles odoriférantes renfermées dans des boîtes de corne, d'albâtre ou de verre, appelées guttuli.

Tepidarium

Le tepidarium, long de 10 mètres, large de 5m 60, était la plus richement décorée de toutes les salles des thermes, et cela devait être, car c'était cette pièce que, pendant les journées d'hiver, les philosophes choisissaient pour leurs leçons, les oisifs pour leurs entretiens, les bateleurs et les mimes pour leurs exercices.

Elle était éclairée au fond par une fenêtre percée entre deux grandes figures de stuc, et garnie de quatre vitres épaisses, larges de 0m 55 sur 0m 76, retenues dans un châssis de bronze par des feuillures et des boutons tournants de même métal.

Au-dessous de la fenêtre est un trou carré traversant toute l'épaisseur de la muraille et dans lequel on plaçait une lampe qui éclairait à la fois le tepidarium et l'exèdre à laquelle il est adossé. Les parois peintes en rouge offrent, à la hauteur de 1m 70, des espèces de casiers surmontés d'une corniche que soutiennent des Telamons hauts de 0m 61 de terre cuite revêtue de stuc. La plupart de ces figures sont nues ; quelques-unes cependant ont autour des reins, soit une fourrure, soit une peau de poisson garnie de ses écailles. Les nus étaient peints couleur de chair, les cheveux et la barbe étaient noirs. Plusieurs lampes ont été trouvées dans les cases dont la destination a donné lieu à bien des conjectures. Il nous semble évident que ces cases n'ont jamais pu, comme on l'a supposé, servir à déposer des parfums, car leur tablette inclinée en avant eût exposé les vases à des chutes continuelles ; nous croyons plutôt qu'on dut y déposer les couvertures légères, sindones, dont les baigneurs se couvraient au sortir de l'étuve, et les serviettes, mantilia ou mappae, dont ils se servaient pour s'essuyer.

La voûte, dont une partie est malheureusement détruite, était richement décorée de caissons et de compartiments en stuc enrichis de figures et d'arabesques sur fond rouge et bleu. Les figures sur les premiers plans sont en relief, et celles des seconds plans simplement peintes en blanc. Quelquefois il n'y a de peint qu'une partie des figures, un bras ou une jambe, et le reste est en relief. On peut encore distinguer un Amour porté par deux chevaux marins, que précède un autre Amour conduisant deux dauphins, Ganimède enlevé par l'aigle de Jupiter, un jeune homme sur un griffon, un Amour appuyé sur son arc, des Centaures, des chimères, des biches poursuivies par des chiens, des lions, des Amours, etc. A la naissance de la voûte et au-dessus de la corniche courent d'élégants rinceaux. Le pavé est en mosaïque blanche avec de petites bordures noires.

Le tepidarium était chauffé par des conduits ménagés sous le pavé et aussi par un grand brasier de bronze, foculare, qui est encore en place aujourd'hui. Ce beau meuble de forme oblongue, trouvé, ainsi que les bancs, le 27 octobre 1824, a 2m 12 de longueur sur 0m 77 de largeur ; il est porté sur cinq pieds, deux devant et trois derrière. Les pieds de devant seuls sont ornés ; ils sont formés de sphinx ailés, terminés par une grosse griffe de lion. La paroi du bassin est divisée dans sa hauteur par un cordon sur lequel reposent, entre deux palmettes formant les angles, treize ornements pyramidaux, ressemblant assez aux gables à gradins des pignons du Moyen Age. Au-dessous et au centre est en relief une petite vache, vaccula (3), sorte d'armes parlantes faisant allusion au nom du donateur, auquel on doit aussi trois bancs de bronze trouvés dans la même salle, et sur lesquels on lit : M. NIGIDIVS VACCULA P. S. (Pecunia sua). Ces bancs, longs de 1m 80, sont portés par des pieds ornés à leur partie supérieure d'une tête de vache, et se terminant par le sabot fourchu du même animal.

H. Roux, Herculanum et Pompéi (1870), t.VII, pl. 86



Caldarium

Une porte, percée au milieu du mur occidental du tepidarium, conduit à l'étuve n, nommée caldarium, calidarium, sudatorium, ou concamerata sudatio. C'est une salle large seulement de 5m 35 sur une longueur de 16m 25 y compris la grande niche semi-circulaire, le laconicon (4), qui la termine au midi. La voûte presque hémisphérique de cette niche présente une ouverture circulaire et oblique, lumen, de 0m 45 de diamètre, qui, destinée à régulariser la chaleur de l'étuve, se fermait à l'aide d'une espèce de soupape d'airain, clypeum aeneum, suspendue à des chaînes dont les attaches se voient encore dans la muraille (5). Une autre petite ouverture carrée, employée au même usage, est percée au-dessous dans la paroi de l'hémicycle.

Au centre de celui-ci est placé le labrum, vasque de marbre de 2m 34 de diamètre, élevée de 1 mètre au-dessus du sol, et dans laquelle l'eau jaillissait d'un ajutoir de bronze qui est encore en place. C'était là que ceux qui venaient seulement transpirer dans l'étuve sans prendre de bain, se lavaient la figure et les mains. Ce n'est que par l'examen de la direction des conduits qui amenaient l'eau au labrum qu'on pourrait s'assurer si cette eau était chaude ou froide, selon qu'elle venait de la piscine ou de l'hypocauste. Sur le bord du labrum, découvert en août 1824, se lit cette inscription en lettres de bronze incrustées dans le marbre :

CN. MELISSAEO CN. F. APRO M. STAIO M.
F. RVFO II VIR. ITER I. D. LABRVM EX D. D.
EX. P. P. F. C. CONSTAT. II. S. D C C. L.

«Cneius Melissaeus Aper, fils de Cneius, et Marcus Staius Rufus, fils de Marcus, duumvirs chargés pour la seconde fois de rendre la justice, ont fait faire ce labrum par décret des Décurions et des deniers publics ; il coûte 750 sesterces.

A l'autre extrémité de la salle est 1'alveus ou baptisterium, bassin de marbre de forme rectangulaire, long de 5m 05 sur 1m 59 de largeur et 0m 60 de profondeur, destiné aux bains d'eau chaude, calida lavatio, et pouvant contenir huit à dix personnes. Le fond de ce bassin étant à un niveau un peu plus élevé que celui du sol de la salle, on devait, pour y entrer, monter trois degrés à l'extérieur et en descendre deux à l'intérieur. Le degré supérieur portait le nom de proteus ; l'inférieur servait de siège aux baigneurs.

La muraille du caldarium était jaune ; des pilastres cannelés et peints en rouge soutiennent la corniche ; l'un d'eux est coupé d'une manière fort disgracieuse par la porte du tepidarium. Dans le mur est une ouverture qui dut fournir de l'eau fraîche afin de tempérer la chaleur lorsqu'elle devenait insupportable. La voûte en partie détruite était percée de trois fenêtres autrefois vitrées ; elle est décorée de simples cannelures peintes en jaune et en blanc, sorte d'ornement très propre à faire écouler la vapeur condensée en eau. Le pavé en mosaïque est isolé sur de petits piliers de briques qui laissaient circuler la chaleur empruntée aux fourneaux voisins ; les murs étaient creusés dans le même but. Ces sortes de pavés se nommaient suspensurae.

Strigile

Lorsque dans le caldarium la transpiration avait été excitée par la vapeur ou par le bain, les masseurs, tractatores, s'emparaient du baigneur et lui ratissaient la peau avec un instrument recourbé de corne, d'ivoire ou de métal nommé strigile (6), puis ils le livraient aux reunctarii ou aliptae (7) chargés de le frotter d'onguents et de parfums.

Souvent au sortir du caldarium, on passait brusquement au frigidarium sans s'arrêter dans le tepidarium, témoin ces vers de Sidoine Apollinaire :

Intrate algentes post balnea torrida fluctus,
Ut solidet calidam frigore lympha cutem.

Carm. IX.

«Après les bains brûlants, entrez dans l'eau glacée, afin que l'eau, par sa fraîcheur, fortifie la peau échauffée».

On sait que cet usage s'est conservé chez les Russes et les Orientaux et tend à s'introduire de nouveau dans les régions du Sud et de l'Occident.

Après avoir parcouru la partie publique des thermes, il nous reste à visiter l'hypocauste o, qui fournissait aux salles de bain la vapeur et l'eau chaude. On y pénétrait par trois entrées : la première était ce corridor que nous avons déjà signalé et qui partait de 1'apodyterium ; la seconde est la porte e aujourd'hui murée, qui ouvrait sur la rue des Thermes ; la troisième enfin donnait sur une cour de forme irrégulière p, ayant sur la ruelle des Thermes une porte e également condamnée. Cette cour paraît avoir été couverte en partie par un toit en appentis, reposant sur deux colonnes et protégeant contre la pluie le bois destiné à l'alimentation des fourneaux. De la cour partaient deux escaliers très étroits, l'un conduisant à l'hypocauste, l'autre aux terrasses qui régnaient sur une partie des bâtiments des thermes.

Revenons à l'hypocauste ; il se compose de deux parties distinctes : le fourneau, fornax ou fornicula, et le praefurnium, espace assez étroit sur lequel donnait la bouche du four, et où se tenait le chauffeur nommé fornacarius, fornacator, ou plutôt, selon l'inscription qu'on lisait sur les bains mêmes, furnacator. On a trouvé dans le praefurnium une assez grande quantité de résine dont on se servait pour activer le feu.

Le foyer était rond et n'avait pas moins de 2m 20 de diamètre ; il avait à sa partie inférieure deux conduits qui portaient l'air échauffé sous les pavés suspendus et dans les murs creux des étuves.

Les chaudières n'étaient point placées au-dessus, mais à côté du foyer ; toutes deux étaient engagées dans le massif du fourneau. La première, dans laquelle l'eau devait entrer en ébullition, était séparée du foyer par un espace d'environ 0m 80 ; elle recevait l'eau de la seconde chaudière, qui, plus éloignée encore, ne contenait que de l'eau tiède, et qui était alimentée par un réservoir rectangulaire, long de 3m 80 sur 1m 40 (8). De cette manière, l'eau sortie d'une chaudière était immédiate-ment remplacée. Tout cet appareil est en fort mauvais état, à l'exception, toutefois, du réservoir que nous avons trouvé plein d'eau.

L'hypocauste étant situé entre les grands bains et ceux que l'on appelle Bains des femmes, et que nous nommerons plutôt bains des pauvres, il pouvait ainsi servir aux deux établissements, et les chaudières étaient placées à une hauteur suffisante pour donner la chute nécessaire aux jets qui jaillissaient dans leurs diverses salles.

A l'angle N.-O. de l'île occupée par les bains, existent plusieurs salles n'ayant avec ceux-ci d'autre communication que les tuyaux qui y amenaient l'eau et la vapeur de l'hypocauste ; c'est à ces salles qu'on a donné le nom de Bain des femmes. Ce sont des bains en effet, mais leur construction est grossière, leur ornementation pauvre et sans élégance, et il est peu probable que les Bains des femmes aient été si négligés quand ceux des hommes étaient si richement décorés. Les partisans de cette opinion ont oublié d'ailleurs que, chez les Romains, il n'y avait plus de bains particuliers pour les femmes à l'époque de Titus. Lorsque des bains publics furent établis à Rome dans les derniers temps de la République, les hommes et les femmes se baignaient dans les mêmes établissements, mais à des heures différentes ; il existait même des distinctions parmi les hommes, et un fils ne se fût pas baigné avec son père, ni même un gendre avec son beau-père. Nous savons par Vitruve que sous Auguste il y avait en effet des bains différents pour les hommes et pour les femmes ; mais sous ses successeurs, ces distinctions disparurent peu à peu, et les sexes en vinrent à se baigner ensemble, ainsi que l'attestent tant de passages de Pétrone qui vivait sous Néron, et de Martial qui écrivait ses épigrammes sous Domitien. Ce ne fut que plus de quarante ans après la destruction de Pompéi qu'Adrien rendit une ordonnance qui prescrivit le retour à la séparation des sexes et aux principes de pudeur si indignement violés sous ses prédécesseurs. Il est donc très probable qu'il ne dut pas y avoir à Pompéi des bains spéciaux et séparés pour les hommes et les femmes.

Bains des pauvres

Quelle était donc la destination de cet établissement si simple, accolé à des thermes si riches, si élégants. Voici l'hypothèse la plus vraisemblable, selon nous : le bâtiment dans lequel on a cru voir un bain réservé aux femmes existait depuis longtemps ; les progrès du luxe et de la passion des bains en ayant fait reconnaître l'insuffisance, on avait construit des thermes plus vastes, tout en conservant les anciens qui ne servirent plus sans doute que de bains gratuits ou presque gratuits pour les pauvres. Leur position à un niveau inférieur pourrait même faire supposer qu'ils étaient alimentés par les eaux sortant des thermes, économie qui confirmerait encore notre dernière supposition.

Quoi qu'il en soit, la destination de ces salles ne saurait être douteuse ; elles n'avaient qu'une seule entrée d, ouverte sur la rue des Thermes, et précédée d'un petit vestibule r qui avait été pris sur la largeur du trottoir. Après avoir franchi la porte, on se trouvait dans une chambre q qui servait à la fois de spoliatorium et de frigidarium ; on y retrouva les banquettes appartenant à l'un et le bassin qui caractérisait l'autre. Cette salle irrégulière, ainsi que les deux suivantes, ne pouvait guère recevoir à la fois plus de dix personnes. De là on passait dans le tepidarium s, échauffé par un pavé suspendu. La vapeur brûlante circulait également sous le sol et dans l'épaisseur des murailles du caldarium t, où se trouvent le baptisterium et le labrum construits en maçonnerie grossière. Les voûtes sont bien conservées, mais entièrement nues ; les peintures qui décoraient les parois sont à peine visibles ; en un mot, ces salles sont dans un tel état de délabrement, que, seules, elles eussent à peine fourni à l'archéologie des renseignements plus positifs que ces vestiges de bains qu'on découvre chaque jour dans toute l'étendue de l'ancien empire romain. Aujourd'hui elles sont fermées et servent de magasins ; elles contiennent de nombreux fragments de marbre, des lampes et des vases de terre cuite, et surtout une prodigieuse quantité d'amphores d'une étonnante conservation et dont beaucoup portent encore des inscriptions tracées en noir au pinceau.

En face de la cour p, de l'autre côté de la ruelle des Thermes, on avait cru découvrir les restes d'un grand réservoir, d'une piscine ou aquarium qui aurait alimenté le réservoir des thermes ; on avait supposé que les conduits étaient portés par une arche jetée sur la rue, et dont on avait cru distinguer quelques vestiges ; il est reconnu aujourd'hui que ces prétendus restes d'arcade n'étaient autre chose que ceux d'un simple pilastre. D'ailleurs, l'absence d'enduit et celle du dépôt calcaire qui se trouve dans tous les autres conduits ou réservoirs trouvés à Pompéi démontrent que cette piscine, si c'en était une, n'avait pas encore servi et n'était pas terminée à l'époque de la catastrophe. Gau suppose qu'un autre réservoir a pu être posé sur les gros murs de la pièce t du Bain des pauvres, et ce réservoir étant devenu insuffisant, on avait commencé à en construire un autre. Nous sommes parfaitement disposé à adopter cette supposition, que nous a semblé confirmer l'examen le plus approfondi.

Il est une autre énigme que nous ne croyons pas pouvoir être expliquée aussi facilement. A l'entrée de la ruelle des Thermes, contre la muraille du frigidarium q du Bain des pauvres, est en saillie un gros pilier présentant sur sa face antérieure et dans toute sa hauteur une rainure verticale, une sorte de canal ouvert, large de 0m 58 et profond de 0m 16. L'eau y a évidemment coulé, puisqu'elle y a laissé un sédiment calcaire ; elle venait d'en haut, car ce sédiment est plus épais dans le bas, où il va en s'élargissant même en dehors du canal ; l'eau y venait d'une large ouverture voûtée donnant dans le frigidarium. Cette eau était sans doute celle qui, ayant servi aux bains, était déversée sur la voie publique ; mais pourquoi et par quel procédé l'élevait-on à cette hauteur, quand il était si simple de la faire sortir au niveau du sol ? Nous renonçons à donner la solution de ce problème, que nous abandonnons à la sagacité de nos successeurs.


(1)   Du mot grec Scolh qui signifiait à la fois lieu de repos et lieu d'étude, et par extension les bancs où, dans les gymnases grecs, les philosophes s'asseyaient pour instruire leurs disciples. Quelquefois les poètes y récitaient leurs vers :
«Il y en a beaucoup qui débitent leurs poésies en plein Forum, et jusque dans les bains».
In medio qui
Scripta foro recitent sunt multi, quique lavantes.

Horace, Sat. 4.

(2)  Apoduthrion, du grec apoduomai, se dépouiller.

(3)  Chez les Romains, un grand nombre des plus illustres familles avaient ainsi emprunté leurs noms à des animaux ; il suffira de citer les Ovinius, les Porcius, les Taurus, les Aper, les Mus, etc.

(4)  On appelait ainsi une grande niche qui dans le caldarium contenait le bassin d'eau froide ou labrum. Cette partie des bains avait été inventée par les Lacédémoniens ; de là son nom.

(5)  «Au milieu de la voûte de l'étuve, on doit laisser une ouverture pour donner du jour et y suspendre avec des chaînes un bouclier d'airain, par le moyen duquel, en le haussant et en le baissant, on pourra augmenter ou diminuer la chaleur». (Vitruve, V, 10)

(6)  Le manche du strigile portait le nom de capulus et la lame recourbée celui de ligula. On a trouvé ici et déposé au musée une espèce de trousseau formé de quatre strigiles, un petit vase à parfums et un miroir, le tout en bronze et réuni par un anneau brisé.
Les baigneurs apportaient souvent leurs strigiles ou les faisaient porter par leurs esclaves :
«Va, esclave, porte les strigiles aux bains de Crispinus».
I, puer, et strigiles Crispini ad balnea defer.
PERSE, Sat. V.

(7)  De aleifw, oindre. Il ne faut pas confondre les Aliptae avec les Alipili (de Ala et Pilus), autres garçons de bains qui épilaient les aisselles des baigneurs.

(8)  «On mettra sur le fourneau trois grands vases d'airain dont l'un sera pour l'eau chaude, l'autre pour l'eau tiède, et le troisième pour l'eau froide ; les vases seront disposés de manière que de celui qui contient l'eau tiède il entrera dans celui qui contient l'eau chaude autant d'eau qu'il en aura été tiré de chaude, et qu'il en entrera ensuite la même quantité de celui qui contient l'eau froide dans celui qui contient l'eau tiède». (Vitruve, V, 10).